ECOS Mali est installée à Heremankono, dans la périphérie de Bamako, où elle travaille depuis 2002. Plus de vingt ans au même endroit, cela change la nature du travail : on ne vient plus proposer des projets, on connaît les familles. Les enfants qui lisaient sous les manguiers au début encadrent aujourd'hui les plus jeunes. Cette continuité est la première ressource de l'association, bien avant ses moyens financiers.
Tout est parti des livres. Dans beaucoup de quartiers maliens, lire suppose de se déplacer, de s'inscrire, parfois de payer — trois obstacles de trop pour une famille qui compte chaque franc. ECOS Mali a pris le problème à l'envers et porte la bibliothèque là où les enfants se trouvent déjà : à l'ombre des manguiers, en plein quartier, sans formalités. En 2024, cela représente quarante-huit séances, une cinquantaine d'enfants suivis régulièrement dont six filles sur dix, encadrés par cinq jeunes bénévoles du quartier.
Vient ensuite la question qui se pose à l'adolescence : rester ou partir. Beaucoup de jeunes quittent leur village faute d'y voir un avenir. L'association les forme aux métiers de la terre — pisciculture, maraîchage biologique, transformation locale — non pas comme un pis-aller, mais comme une activité dont on peut vivre. En 2024, cinquante-deux jeunes en situation précaire ont suivi ce parcours, dont trente-quatre avaient dû fuir les violences. Près de deux sur trois ont depuis lancé leur propre micro-projet.
Ces deux chantiers se heurteraient vite à un mur sans le troisième. Sécheresses à répétition, sols épuisés, pluies devenues imprévisibles : au Sahel, le climat n'est pas une préoccupation lointaine, c'est le cadre de la vie quotidienne. ECOS Mali forme donc des relais communautaires à l'agroécologie, à la gestion de l'eau et au reboisement. Dix d'entre eux ont été certifiés lors de l'atelier de Tiebani, en septembre 2024, avec une consigne simple : ce savoir doit rester sur place et se transmettre sans nous.
Reste le fil qui tient tout le reste. Un quartier où l'on ne se parle plus n'apprend pas, ne cultive pas et ne se reconstruit pas. L'association ouvre des espaces où jeunes, femmes et autorités coutumières règlent leurs différends et montent des projets ensemble, en s'appuyant sur des formes de médiation qui existaient bien avant elle. Sous la présidence d'Esaïe Kamaté, ECOS Mali continue d'avancer ainsi : lentement, au ras du quotidien, avec les habitants plutôt qu'à leur place.